Perceptions et représentations des habitants d’un quartier en réhabilitation : le quartier MALAKOFF à Nantes

Abstract

Partie intégrante du projet de recherche-action « Hyperpaysages : pour le développement urbain participatif » (HPU), l’objectif de cette étude était d’expérimenter une démarche dynamique d’observation et d’appropriation des paysages dans une perspective de développement social et urbain coopératif et durable des territoires. Une campagne d’enquêtes menée en 2007/2008 a permis de recueillir les perceptions et représentations des habitants concernant leur espace de vie à différents moments clés de l’évolution du quartier, les changements réalisés et à venir, les actions participatives menées. Un « instantané » des perceptions et représentations d’un échantillon diversifié de la population du quartier de Malakoff a été ainsi produit. Visant à interroger les effets de la dynamique participative vis-à-vis de la gouvernance locale de proximité, les résultats obtenus permettent d’évaluer les processus de concertation et de décision notamment du point de vue des motivations personnelles et de l’implication collective dans le but de faire émerger une connaissance spécifique des enjeux du développement durable pour le territoire de Malakoff.

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Mots-clés

Malakoff, Grand Projet Ville, représentations, concertation, participation, ambiances

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Text

Cet article présente les principaux résultats d’une étude réalisée sur les perceptions et représentations des habitants du quartier Malakoff à Nantes, engagé dans un Grand Projet de Ville (GPV) depuis 2001, dont il constitue l’un des projets phare.

Dans ce contexte en pleine évolution, les projets Paysages-Enchantier et Hyperpaysages pour le développement urbain participatif (HPU), associant l’UMR ESO1, le Laboratoire CERMA2, l’Association LBA3 et la Société Civile PsyECCA4 sur le programme MEIGEVille5 proposé par la FR CNRS 24886 à l’Appel d’Offre 2006 de la région des Pays de Loire, visaient à la mise en place de nouvelles formes d’action permettant à chaque acteur de se sentir véritablement concerné par la vie et la gestion de son quartier et ainsi de s’y impliquer (Woloszyn-Bourdin, 2007a&b).

Un retour d’expérience est apparu alors comme une phase importante permettant d’évaluer et de valoriser les démarches participatives proposées et de se demander si ces actions ont entraîné une modification de l’image du quartier développée par les habitants (Dumont, 2005). Se sentent-ils plus concernés par la vie de leur quartier ? Le degré d’implication des habitants a-t-il évolué ?

L’étude présentée (Barlet-Chartier, 2008a) s’inscrit comme le moyen de produire à la fois un « instantané » des perceptions et représentations des habitants, leur mise en perspective avec celles définies lors d’une étude réalisée en 2001 par le BERS7 (Rathier et Rathier, 2001) et comme un premier bilan des actions menées notamment par l’institution dans les domaines de la concertation et de l’information.

L’étude de 2001 a été conduite par Francis et Françoise Rathier, deux consultants spécialisés en sociologie urbaine regroupés au sein du BERS, à la demande de la Communauté Urbaine de Nantes. Ce bureau d’étude a réalisé une enquête préalable au lancement du cycle de concertation autour du plan directeur du GPV. Au cours d’entretiens comprenant des parties d’exploration ouverte et une série de questions fermées, 180 habitants ont été interrogés sur leurs perceptions et pratiques du quartier Malakoff.

1. Méthodologie

Le questionnaire

Nous avons réalisé une enquête par questionnaire auprès de 50 habitants du quartier Malakoff, en face à face, à leur domicile, entre le mois de novembre 2007 et le mois de janvier 2008.

Constitué majoritairement de questions originales utilisant un vocabulaire simple et des formes de questionnement variées, l’outil reprend toutefois certaines des questions utilisées dans l’enquête menée par le BERS permettant ainsi d’identifier et de quantifier la nature des évolutions dans les perceptions exprimées entre 2001 et aujourd’hui.

Différentes thématiques ont ainsi été abordées lors de l’enquête, telles que : le quartier lui-même (à travers les pratiques des habitants et l’image qu’ils en ont), les changements dans le quartier (réalisés ou à venir) et enfin l’information et l’implication des habitants (Barlet-Chartier, 2008a&b).

L’intérêt d’appréhender les pratiques actuelles des habitants, tant au sein du quartier lui-même qu’au niveau du centre-ville de Nantes tout proche, est d’en faire un état des lieux. Interroger les pratiques est indispensable à une meilleure compréhension des représentions et des évaluations des habitants car elles sont dépendantes les unes des autres. L’étude de l’image du quartier, quant à elle, interroge sur la façon dont les habitants qualifient spontanément leur quartier mais également sur l’évaluation qu’ils font de ses différentes caractéristiques fonctionnelles, esthétiques et sociales. Ces évaluations ont-elles évolué en comparaison de celles définies par le BERS lors de l’étude de 2001 ?

Depuis le lancement du Grand Projet Ville (GPV), de nombreux projets ont été réalisés ou prévus dans le quartier, alliant changements sociaux et projets d’aménagement. Mais ces évolutions sont-elles toutes lisibles, visibles pour les habitants du quartier ? Le quartier a-t-il réellement changé aux yeux de ses occupants ? Concernant l’évaluation des changements, il s’agit bien ici d’interroger le niveau d’implication des habitants de Malakoff dans les décisions pour l’aménagement de leur cadre de vie. Selon eux, les projets, déjà réalisés ou à venir, sont-ils appréciés, nécessaires, satisfaisants ? Le GPV a-t-il intégré tous les changements souhaités par les habitants ?

La dernière thématique développée dans le questionnaire explore deux aspects du processus de concertation engagé sur le quartier Malakoff : l’information des habitants et leur implication. Concernant l’information des habitants, l’on pourra ainsi se demander si ces derniers ont le sentiment d’être bien informés sur les projets, et si les principaux médias d’information utilisés sont adaptés à la cible visée. Les habitants ont ils profité des actions menées sur le quartier (ateliers du GPV notamment) et quel est leur sentiment sur la place et le rôle à jouer en tant qu’habitant-acteur dans l’évolution de leur quartier ?

Constitution de l’échantillon et comparaison avec l’échantillon de 2001

Pour constituer l’échantillon d’habitants, nous avons pu nous appuyer sur l’association « Les Badauds Associés » (LBA). Un important travail de prise de contacts en amont des passations a été effectué grâce à la présence au quotidien de l’association au sein du quartier. Cela a également présenté l’intérêt de constituer un échantillon d’habitants particulier parce que composé de personnes investies dans le quartier (fréquentant les associations, le centre socio-culturel ; participant aux ateliers du GPV) mais aussi de personnes qui sont rarement, voire jamais, interrogées dans les enquêtes, soit parce qu’elles refusent de répondre (méfiance envers les enquêteurs et/ou quant aux objectifs de l’étude ; manque de confiance en soi dû à une maîtrise jugée insuffisante de la langue, position sociale dévalorisée engendrant le sentiment de ne pas avoir droit à la parole), soit parce qu’elles sont inaccessibles pour des enquêteurs extérieurs au quartier (cas de certaines mères au foyer, habitants qui fréquentent uniquement des lieux non accessibles directement comme les cours d’alphabétisation, « le local des pères »). Nous avons ainsi fait le choix de la diversité en termes de profils des personnes interrogées au risque d’une absence de représentativité statistique des habitants de Malakoff. De même, nous avons privilégié le temps de la prise de contact avec les habitants, difficile dans ce quartier sensible, à la quantité de personnes interrogées.

50 habitants du quartier de Malakoff ont accepté de répondre à notre questionnaire et composent ainsi l’échantillon final de cette étude.

Du point de vue des données personnelles, cet échantillon est caractérisé par une large majorité de femmes (72 % de l’échantillon total), situées pour 1/4 d’entre elles dans la tranche des 40 à 49 ans et d’hommes essentiellement âgés de moins de 30 ans. La population interrogée est principalement d’origine française (68 % contre 28 % d’origine étrangère et 4 % de sujets ayant une double origine) et regroupe des situations de famille très diverses (célibataires, personnes mariées ou vivant maritalement, divorcés ou séparés). Enfin, 62 % des personnes n’exercent pas d’activité professionnelle.

Le parcours résidentiel de l’échantillon se caractérise par une durée de résidence élevée avec une moyenne de 14 années passées dans le quartier de Malakoff. Les principales raisons qui ont conduit les personnes interrogées à venir vivre dans le quartier sont la taille de l’appartement (28 % de l’échantillon) et l’absence d’autre choix (26 %). Enfin, seuls 22 % de notre échantillon ont été amenés à déménager suite aux travaux de réhabilitation des logements, parfois en restant dans le même bâtiment. Ces déménagements ont été généralement satisfaisants tant par leur nouveau logement que par l’emplacement de l’immeuble habité.

Notre échantillon présente de nombreuses similitudes avec l’échantillon de 2001, bien qu’il compte 180 personnes interrogées. Ainsi, les femmes sont également plus nombreuses en 2001 (61 %). Du point de vue de l’âge, les deux échantillons diffèrent pour les tranches « moins de 30 ans » (18 % en 2001 contre 26 % en 2007-2008) et « 30-39 ans » (26 % en 2001 et 8 % en 2007-2008). Leurs structures sont similaires pour les autres tranches d’âge. Concernant les origines des personnes interrogées, si les habitants français sont plus nombreux dans les deux études (79 % en 2001 et 68 % en 2007-2008), la catégorie « double origine » (4 % en 2007-2008) n’est pas présente en 2001. La principale différence entre les deux échantillons concerne la situation familiale des habitants puisque les personnes mariées sont nettement plus représentées en 2001 (59 % de l’échantillon) bien qu’elles restent majoritaires en 2007-2008 (38 %). Ces deux échantillons respectent la même répartition quant au type d’habitat (barre ou tour) et à sa localisation (partie est, partie ouest du quartier). Par contre, ils sont très différents quant à la durée de résidence des sujets, avec une répartition homogène entre les différentes catégories (de « moins de 2 ans » à « plus de 20 ans ») en 2001 tandis que l’échantillon de 2007-2008 regroupe essentiellement des personnes vivant dans le quartier depuis au moins 5 ans. Enfin, nous n’avons aucune information concernant les catégories socioprofessionnelles pour l’étude de 2001.

Le quartier dans les faits

Le quartier Malakoff, est un quartier d’habitat social, situé à proximité de la gare et délimité par un réseau dense de voies ferrées, des espaces laissés en friches au nord et le boulevard de Sarrebrück en bord de Loire au sud (fig. 1).

Figure 1 – Le quartier Malakoff avant transformations en 1999

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(source : Nantes Métropole)

Dans le cadre du GPV, le quartier s’étend au nord englobant le secteur Pré-Gauchet jusqu’à la gare TGV, à l’ouest avec le stade Saupin, le vieux Malakoff et à l’est avec la prairie des Mauves et devient le quartier Malakoff Pré-Gauchet.

Le quartier, découpé par un système d’axes qui le traverse, entre boulevards urbains et voies de chemin de fer, représente une surface de 164 hectares située à proximité de l’hyper-centre de Nantes. Ce secteur regroupe un site d’activités ferroviaires, une usine de traitement des eaux, un grand stade actuellement réhabilité (Marcel Saupin), une déchetterie ainsi qu’un ensemble de fonctions diverses encore plus ou moins actives (ancien centre de tri postal, stockage d’une société de transports en commun).

L’important ensemble d’habitat social composé de barres arrondies appelées « bananes » et de tours, achevé en 1972 représentait 1 642 logements avant les premières destructions de tours en 2000. Enfin, on y trouve un espace de végétation inaccessible, enserré entre les voies de chemin de fer et classé « Natura 2000 », appelé « la Petite Amazonie ».

2. Le quartier vu et vécu par ses habitants

Les pratiques des habitants

Au sein du quartier Malakoff, la convivialité se traduit notamment par de bonnes relations entre habitants (pour plus des 4/5e des personnes interrogées) mais également avec les commerçants et les divers intervenants du quartier. L’existence d’une multitude de lieux de rencontres et d’échanges, comme les commerces, les halls et les pieds d’immeuble, les plus souvent cités par les habitants, y contribuent.

Si les nombreux équipements (sportifs, culturels ou cultuels) présents sur le quartier sont utilisés par les habitants de Malakoff, le centre socio-culturel est celui qui est le plus utilisé avec un habitant sur deux qui le fréquente. Il peut être considéré comme un lieu important du quartier, un repère.

Le quartier étant situé à proximité du centre-ville de Nantes, les habitants de Malakoff se rendent en ville soit plusieurs fois par semaine, soit quotidiennement pour travailler, aller au lycée, faire des courses, se promener ou rencontrer des amis.

À ce titre, l’offre importante de transports en commun dans le quartier est plébiscitée par les habitants puisqu’ils utilisent préférentiellement le bus et le tramway pour se rendre au centre ville.

L’image spontanée du quartier

Lorsqu’il est demandé aux habitants de qualifier spontanément leur quartier en donnant trois mots ou expressions, trois thèmes majeurs ont été cités par 1/5e des personnes interrogées :

  • Sociabilité/Relationnel
  • Agrément
  • Désagrément/Nuisances.

Du point de vue du thème Sociabilité/Relationnel, le quartier est défini le plus souvent comme un lieu de « convivialité », de « solidarité », un « village » marqué par la « diversité ». De manière minoritaire, certains termes à connotation négative, comme « insécurité », « personnes mal polies » ou encore « délinquance » sont cités.

Le thème agrément correspond pour sa part à des termes tels que « agréable », « bien », « pratique » ou « facile à vivre ». Enfin le thème désagrément/nuisances regroupe les termes « dégradé », « ennuyeux », « fermé », « sale », « pas assez entretenu » et « bruyant ».

L’évaluation du quartier au jour de l’étude

Les personnes interrogées, dans une large majorité, reconnaissent de nombreuses qualités au quartier.

Sur le plan fonctionnel, Malakoff est un quartier bien situé dans la ville, facile d’accès par les transports en commun, où il est facile de se repérer, ni trop grand ni trop petit, qui n’est pas mal éclairé la nuit et où il n’est pas difficile de faire ses courses pour une très large majorité des sujets.

Du point de vue esthétique et social, Malakoff est perçu comme un beau quartier, où il est facile de lier connaissance et où l’on se sent en sécurité par près de 4 habitants sur 5.

Aucune critique majeure n’est exprimée, même si certains aspects sont plutôt évalués négativement : les habitants de Malakoff estiment en effet que le quartier est constitué de bâtiments monotones pour les 3/5e d’entre eux, qu’il est bruyant et qu’il pose des problèmes de stationnement (1 sujet sur 2). Pour ce dernier point, rappelons que l’enquête s’est déroulée en période de travaux (2007-2008). Il apparaît enfin pour plus d’une personne interrogée sur deux que Malakoff n’est pas un quartier calme et sans histoire. Cependant, Malakoff est ressenti aussi comme un quartier dont l’ambiance commence à s’améliorer, où on peut s’installer dehors et être tranquille (3/5e des habitants) et où les gens sont solidaires (1 sujet sur 2). Malakoff paraît bien entretenu, offrant des activités de loisirs pour les jeunes et où les espaces verts sont suffisants, pour 1 sujet sur 2. Enfin, les habitants sont également partagés quant au nombre suffisant d’espaces de jeux pour les jeunes enfants.

Près d’un sujet sur deux estime que Malakoff n’est ni plaisant ni déplaisant. Nous pouvons toutefois noter que près d’un habitant sur deux le trouve « plutôt plaisant/plaisant » alors qu’ils sont très peu à le qualifier de « plutôt déplaisant/déplaisant ».

Au final, plus des 3/5e des sujets souhaitent rester à Malakoff. Ces habitants témoignent d’un réel attachement au quartier. L’existence d’un réseau relationnel important ou les aspects pratiques du quartier sont autant de raisons d’y demeurer. À l’inverse, ceux qui souhaitent quitter le quartier expriment essentiellement un net rejet du quartier : tandis que quelques uns aspirent à un autre type de logement (maison individuelle, petit collectif), d’autres (jeunes adultes interrogés) associent leur départ à une autonomisation vis-à-vis des parents.

Nous pouvons noter que les projets de mobilité résidentielle sont influencés essentiellement, d’une part, par le fait que le bâtiment occupé soit réhabilité ou non et, d’autre part, par l’adresse occupée au sein même du quartier. Ainsi, les sujets vivant dans une tour ou barre réhabilitée par l’opération GPV envisagent davantage de rester (4/5e des sujets) que ceux qui habitent dans un bâtiment non réhabilité (1 personne sur 2). Autre différence significative (chi2 corrigé = 391,70 ; 1-p = > 99,99 %), les habitants des rues de Chypre, de Corse, de Luxembourg, de Madrid ou de Suisse désirent tous rester, ces bâtiments se situant aux extrémités, est ou ouest, du quartier, tandis que les sujets vivant rue d’Angleterre, rue plus centrale, sont les seuls à souhaiter majoritairement partir (plus des 3/5e d’entre eux).

La construction de maisons individuelles ou de réelles améliorations au sein du quartier sont les seuls changements qui pourraient inciter les personnes à rester.

L’évolution des représentations entre 2001 et 2007-2008

La comparaison des résultats obtenus en 2001 par le BERS avec l’analyse de l’étude de 2007-2008 met en évidence une évolution importante des représentations, allant dans le sens d’une amélioration du cadre de vie, notamment sur le plan social ou au sujet du sentiment de sécurité. Ce dernier apparaît beaucoup plus marqué actuellement (72 %) que par le passé (34 %). Les habitants sont également plus nombreux à estimer que l’ambiance commence à s’améliorer (58 % en 2007-2008 contre 23 % en 2001), que le quartier est calme et sans histoire (44 % contre 26 %), que l’on peut s’y installer dehors et être tranquille (58 % contre 30 %) ou encore que les gens y sont solidaires (50 % contre 21 %) et qu’il y est facile d’y lier connaissance (72 % contre 44 %).

L’échelle du quartier a semble-t-il également changé d’évaluation puisqu’ils sont davantage à penser en 2007-2008 que le quartier n’est ni trop grand ni trop petit (78 % contre 51 % en 2001). Par ailleurs, le nombre d’habitants estimant que les bâtiments sont monotones ou que le quartier pose des problèmes de stationnement n’a pratiquement pas évolué. Sur ces deux points, rappelons que les travaux de réhabilitation avaient débuté et qu’ils étaient toujours en cours au moment de l’étude que nous avons réalisée.

Toutefois, nous devons relativiser ces résultats du fait des différences entre les deux échantillons que nous avons exposées précédemment.

L’espace du quartier

Afin d’appréhender leurs représentations spatiales du quartier, il a été demandé aux habitants de faire figurer sur un plan les limites du quartier et les différentes zones qui le composent, dans la mesure où ils ne perçoivent pas Malakoff comme un espace unique.

Les quatre types de réponses les plus fréquemment données font apparaître que les limites représentées par les sujets suivent souvent les limites physiques réelles : les lignes ferroviaires, la Loire. Nous pouvons noter également un élargissement progressif des limites du quartier, chaque nouveau tracé englobant le ou les précédents (fig. 2).

Figure 2 – Tracés des limites symboliques du quartier Malakoff

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(source : Nantes Métropole)

La limite la plus fréquemment représentée (1 habitant sur 2) correspond au tracé le plus restreint (en rouge foncé sur la fig. 2). La zone définie par ce premier type de tracé correspond à la représentation minimale du quartier et est systématiquement incluse dans les autres types de tracés. Elle est donc commune à l’ensemble des sujets.

Un deuxième type de tracé (en rouge vif tireté sur le plan) élargit la représentation de base en englobant, à l’ouest, le « Vieux Malakoff » (zone dénommée ainsi par les sujets) et/ou à l’est, le Parc des Mauves (un peu plus de 1/10e des réponses).

Le troisième type de tracé (en orange) intègre les deux précédents et englobe cette fois la zone naturelle, appelée « Marais » ou « Petite Amazonie » (un peu plus de 1/5e des réponses).

Enfin, le dernier type de tracé correspond à la représentation la plus large du quartier pouvant s’étendre, au nord, jusqu’à la ligne de tramway, englobant à l’ouest le Pré-Gauchet et s’arrêtant chemin des Bateliers à l’est (un peu plus de 1/10e des réponses).

Pour la plupart des sujets (3/5e), Malakoff apparaît comme un espace divisé en différentes parties. En majorité, les sujets identifient 2 ou 3 zones à l’intérieur même de la forme de base du quartier, appelé « haricot » (fig. 3).

Figure 3 – Les zones identifiées dans le quartier par les habitants

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(source : Nantes Métropole)

Les noms et/ou les caractérisations donnés par les sujets lorsqu’ils identifient deux zones au sein du « haricot » de base (en bleu) sont très contrastés. En effet, la zone Aval/Centre apparaît tantôt comme un espace neutre, tantôt cette zone est qualifiée négativement, en opposition à la zone Amont, déjà réhabilitée en partie lors de l’étude qui est quant à elle soit qualifiée avec des noms et/ou expressions neutres soit qualifiée positivement. Les sujets qui découpent le quartier en trois zones (en rouge) les qualifient plutôt de façon neutre.

En somme, pour caractériser leur quartier, les habitants de Malakoff abordent spontanément les thèmes Sociabilité/Relationnel, Agrément et Désagrément/Nuisances en utilisant des termes ou des expressions majoritairement positifs. Les qualités du quartier sont d’ailleurs nombreuses que ce soit sur le plan fonctionnel, esthétique ou social, même si un sujet sur deux estime au final que le quartier n’est ni plaisant ni déplaisant.

La comparaison des résultats obtenus en 2001 par le BERS avec l’analyse de l’étude de 2007-2008 met en évidence une évolution importante des représentations, allant dans le sens d’une amélioration du cadre de vie, notamment sur le plan social ou au sujet du sentiment de sécurité.

Selon la représentation des sujets, le quartier Malakoff, délimité d’un côté par la Loire et de l’autre par les voies ferrées, se compose de deux ou trois zones correspondant d’une part, à la partie rénovée, qualifiée plutôt positivement et d’autre part, à la partie à rénover et qualifiée plutôt négativement.

3. Les changements dans le quartier

Les changements déjà réalisés

À une exception près, les enquêtés sont unanimes pour dire que le quartier a changé depuis les six dernières années. Les évolutions concernent notamment l’aménagement de l’espace/la rénovation du quartier pour pratiquement tous les habitants, les équipements communs//les activités socio-culturelles (3/5e de l’échantillon) et enfin de l’aspect social (2/5e).

Lorsque les sujets évoquent l’aménagement de l’espace/la rénovation du quartier, leurs réponses font surtout référence aux démolitions qui ont eu lieu (1 sujet sur 2), à la réhabilitation des bâtiments qui concerne les façades et l’intérieur des appartements et enfin aux routes, pont, rond point (2/5e). En termes d’équipements communs/d’activités socio-culturelles, c’est la nouvelle école J. Moulin qui est la plus remarquée (2/5e des sujets), suivie de la piscine et des espaces de jeux pour les enfants. Le thème de l’aspect social recouvre majoritairement des réponses qui concernent l’ambiance et les relations entre habitants (3/5e des sujets). Le changement d’habitants (le départ de certains et l’arrivée d’autres) est également remarqué. Dans les réponses des sujets, le rapport entre changement d’ambiance et changement d’habitants est d’ailleurs établi, mais ce dernier est aussi bien à l’origine de l’amélioration de l’ambiance que de sa dégradation.

Les changements appréciés concernent la rénovation des bâtiments, extérieure et intérieure, l’école J. Moulin, la piscine et les aires de jeux pour les enfants. Les sujets sont très nombreux à souligner la beauté et la propreté des réalisations, baptisé « Miami » par certains sujets. Ils évoquent également le changement d’image du quartier en positif pour les personnes extérieures. À l’inverse, les démolitions sont les changements les moins appréciés car directement liés au départ obligé de personnes, d’amis, mettant en péril le réseau social existant et souvent regretté.

Si la rénovation des bâtiments et des équipements collectifs est apparue nécessaire aux habitants du quartier du fait de leur état de vétusté, le réaménagement de la voirie est jugé quant à lui non nécessaire. En effet, les réalisations semblent disproportionnées et les possibles nuisances engendrées, notamment le bruit, la poussière, les difficultés pour circuler à pied et pour stationner, importantes.

Les changements à venir

Les trois quart des habitants de Malakoff savent que d’autres changements sont prévus dans le quartier. Le nouveau pont prévu entre Malakoff et l’île de Nantes est le changement le plus cité, par 4/5e des sujets. Ce projet est aussi bien satisfaisant pour certains habitants, qui y voient une plus grande fluidité du trafic possible et un accès plus direct, que redouté par d’autres du fait notamment des nuisances sonores et vibratoires dues à l’augmentation prévisible du trafic routier.

La démolition partielle du linéaire Angleterre ainsi que le nouveau centre commercial sont également largement évoqués, avec plus d’une personne sur deux qui y fait référence. Ces deux projets sont plus redoutés qu’espérés par les habitants. La démolition partielle du linéaire Angleterre est appréhendée en majeure partie pour les nuisances (bruit, poussière, arrêt de la circulation) qu’elle va occasionner. S’agissant du nouveau centre commercial, les réserves portent principalement sur son déplacement, vu comme un éloignement et du coup, difficile d’accès notamment pour les personnes âgées.

La réhabilitation des bâtiments qui se poursuit partage également l’opinion des habitants. Si la vétusté remarquée par les sujets justifie les actions de réhabilitation, ce qui est craint est la gêne personnelle dans la vie quotidienne que les travaux vont occasionner.

Le collège et le centre socio-culturel qui vont être refaits sont en revanche deux futurs changements satisfaisants et attendus par les sujets.

Les changements souhaités qui ont été exprimés concernent les équipements (tels que maison de retraite, bibliothèque municipale, espace pour les associations), les commerces, les espaces verts, la végétation, les espaces de jeux qui sont souhaités plus nombreux et mieux sécurisés et les offres d’activités et de loisirs.

En somme, les habitants de Malakoff sont unanimes pour dire que le quartier a changé depuis le lancement du GPV et ils sont encore très nombreux à se douter que d’autres changements sont prévus. Les projets réalisés mentionnés par les sujets s’intéressent à trois thèmes : l’aménagement de l’espace/la rénovation du quartier, les équipements communs/les activités socio-culturelles et l’aspect social. Enfin, les changements souhaités par les habitants du quartier sont variés, nombreux et concernent toutes les catégories d’habitants.

4. Information et implication des habitants : le GPV en question

Tantôt défini comme un projet de restructuration, rénovation du quartier, tantôt assimilé à la boutique du GPV8, le Grand Projet Ville fait maintenant partie du vocabulaire d’une large majorité des habitants.

Les outils d’information et de concertation développés dans ce cadre ne sont pas tous perçus et utilisés de façon équivalente. Si quatre cinquièmes des personnes interrogées se sont rendus à la « boutique GPV », lieu d’information devenu également un des espaces de convivialité du quartier, seuls deux cinquièmes ont déjà participé aux ateliers GPV organisés par Nantes Métropole, dans le cadre du processus de concertation engagé sur le quartier, lesquels ne satisfont qu’un participant sur deux.

La connaissance de l’origine du GPV et les raisons de son lancement sont directement en liaison avec l’implication des habitants. Connaître la boutique et/ou participer aux ateliers permet en effet aux habitants d’associer le GPV à une volonté de la Mairie et de Nantes Métropole d’ouverture et de désenclavement du quartier (Duteil et al., 2000). À l’inverse, les habitants moins impliqués le relient exclusivement à la Mairie et au souhait des élus de faire face à la vétusté et la dégradation du quartier.

Concernant les sources d’information et leur qualité (personnes et moyens), deux profils de sujets ont été définis : les « bien informés » et les « peu informés »

  • pour les « bien informés », l’information est jugée de bonne qualité, que ce soit pour les changements déjà réalisés ou pour ceux à venir. Les sources d’information sont nombreuses, à la fois institutionnelles (Nantes Métropole, les bailleurs) et locales (associations, autres habitants du quartier) et s’appuient tant sur des informations écrites (essentiellement le magazine « Malacocktail », des tracts ou encore un affichage) que sur les ateliers du GPV.
  • pour les « peu informés », le niveau d’information est jugé faible, que les changements soient réalisés ou à venir. Les autres habitants du quartier représentent la principale source d’information, celle-ci circulant notamment au travers du bouche à oreille et du magazine « Malacocktail ».

Les organismes les mieux placés pour les informer ne correspondent pas aux organismes identifiés comme sources actuelles puisque les « peu informés » citent la Mairie et les « biens informés » la boutique GPV.

Que le moyen d’information envisagé soit le magazine « Malacocktail » (déjà largement utilisé et cité comme un moyen adapté par l’ensemble des sujets) ou un courrier personnalisé (plébiscité essentiellement par le groupe des « peu informés ») la demande d’information complémentaire reste très importante pour une majorité de sujets. Enfin, il apparaît que moins les sujets sont informés, moins ils ont le sentiment que leur avis compte dans les décisions concernant les changements entrepris dans leur quartier.

5. Une enquête, et après…

L’enquête que nous avons menée avait notamment pour objectif de produire un « instantané » des perceptions et représentations des habitants du quartier Malakoff.

Au vu des résultats présentés, il apparaît que les transformations du quartier engendrées par le programme GPV sont accueillies positivement par les habitants, parce qu’elles répondent à un besoin de reconnaissance de Malakoff comme un quartier pleinement intégré à la ville de Nantes, ouvert et connecté aux différentes zones urbaines alentour. Cette reconnaissance du quartier va, bien entendu, de pair avec une reconnaissance de ses habitants qui bénéficient ainsi d’un cadre de vie plus agréable.

Les changements initiés renforcent l’attachement des habitants à leur quartier et sont créateurs d’identité territoriale, laquelle, à son tour, permet aux habitants de se sentir co-acteurs dans le projet d’évolution de leur lieu de vie.

Cependant, l’une des conditions essentielles à l’implication et à la participation des habitants au projet de quartier réside dans la possibilité pour eux de recevoir une information pertinente et continue. Pertinente dans la mesure où, pour les habitants, les sources d’information sont jugées fiables et les moyens adaptés, c’est-à-dire accessibles pour les différentes catégories d’habitants (selon les critères de l’âge, du niveau d’instruction, de la maîtrise de la langue, notamment) ; continue dans la mesure où le programme GPV s’étend sur plusieurs années et que les habitants doivent pouvoir savoir quels changements sont prévus, sous quels délais, de manière à pouvoir envisager les répercussions sur leur vie quotidienne et se projeter au lieu d’être dans une position passive.

L’identité territoriale, l’implication habitante sont notamment des objectifs recherchés au travers des actions initiées auprès des habitants de Malakoff dans le cadre du projet Paysages-En-chantier/HPU.

L’une de ces actions s’est traduite par la réalisation d’un outil hypermédia d’information, de médiation territoriale, lequel a été développé dans le programme HPU : le « générateur d’ambiance ». Il s’agit d’un système de composition sonore paysagère destiné à permettre aux publics de reconstruire les paysages vécus ou imaginés sur support informatique, en se basant sur une typologie de paysages sonores identifiés dans le quartier (Woloszyn, 2010). L’objectif de cet outil est d’offrir la possibilité aux habitants de mieux prendre conscience de leur environnement, de se représenter le territoire urbain et de générer de la connaissance territoriale.

Il est envisagé comme un nouveau moyen d’implication qui pourrait permettre de mieux appréhender les changements et ainsi de mieux y participer.

Les auteurs remercient les membres de l’association LBA « Les Badauds Associés » et en particulier Isabelle Gautreau et Gaëtan Bourdin qui, grâce à leur implication dans le quartier, nous ont facilité les rencontres avec les habitants de Malakoff. Ils remercient également les habitants de Malakoff pour leur participation à cette enquête et leur accueil chaleureux. Enfin, ils remercient la Mission GPV, Nantes Métropole et la région des Pays de Loire, pour avoir soutenu cette étude.

1 Unité mixte de recherche Espaces et Sociétés.

2 Centre d’Études et de Recherches Méthodologique d’Architecture, UMR Ambiances architecturales et urbaines.

3 Association « Les Badauds Associés ».

4 Psychologie Environnement, Conseil et Communication en Aménagement.

5 Modélisation Environnementale Intégrée et GEstion durable de la Ville.

6 Fédération de recherche du Centre National de Recherche Scientifique.

7 Bureau d’Études et de Recherches Sociologiques

8 La boutique du GPV est un lieu d’informations et d’échanges autour du GPV ouverte par Nantes métropole au sein de la zone commerciale du quartier.

Bibliography

BARLET A., CHARTIER F., WOLOSZYN P., 2008a. Perception et représentation du quartier Malakoff par les habitants. Rapport d’enquête Malakoff 2007-2008, 43 p.

BARLET A., CHARTIER F. ,2008b. Perception et représentation du quartier Malakoff par les habitants. Présentation à Nantes Métropole, 16 p.

DUMONT M., 2005. Production du bien-être, renouvellement urbain et développement durable des territoires : l’exemple du GPV Malakoff-Pré-Gauchet à Nantes-France. REIT 3rd international Colloquium : Gouvernance des territoires, bien-être des populations et inclusion sociale, Liège.

DUTEIL A., HUCHET DU GUERMEUR L., GUTKNECHT E., 2000. Associer les habitants au processus de définition du projet urbain. Démarche participative sur le quartier de Malakoff Pré Gauchet, MNGPV, Nantes.

RATHIER F., RATHIER F., 2001. Malakoff, perception et pratiques des habitants d’un quartier d’habitat social au sein du Grand Projet de Ville. Bordeaux, Rapport d’étude, 127 p.

WOLOSZYN P., 2010. Vers un questionnaire d’enquête multimédia participatif Web 2.0 : application au paysage sonore de Malakoff. Colloque m2vt, Nantes.

WOLOSZYN P., BARLET A., BOURDIN G. CHARTIER F., DEPEAU S., LANGUENOU E., QUESSEVEUR E., VESCHAMBRE V., 2007a. Hyper Paysages Urbains (HPU) : un exemple de projet de recherche fédérateur. In ESO Travaux et Documents de l’UMR 6590 : Espaces Géographiques et sociétés, no 26, pp. 79-86.

WOLOSZYN P & BOURDIN G, 2007b. Urban HyperScape: a community game for territorial knowledge. Second International Annual Conference Of Territorial Intelligence, Huelva (Spain), pp. 219-242.

Notes

1 Unité mixte de recherche Espaces et Sociétés.

2 Centre d’Études et de Recherches Méthodologique d’Architecture, UMR Ambiances architecturales et urbaines.

3 Association « Les Badauds Associés ».

4 Psychologie Environnement, Conseil et Communication en Aménagement.

5 Modélisation Environnementale Intégrée et GEstion durable de la Ville.

6 Fédération de recherche du Centre National de Recherche Scientifique.

7 Bureau d’Études et de Recherches Sociologiques

8 La boutique du GPV est un lieu d’informations et d’échanges autour du GPV ouverte par Nantes métropole au sein de la zone commerciale du quartier.

Illustrations

Figure 1 – Le quartier Malakoff avant transformations en 1999

Figure 1 – Le quartier Malakoff avant transformations en 1999

(source : Nantes Métropole)

Figure 2 – Tracés des limites symboliques du quartier Malakoff

Figure 2 – Tracés des limites symboliques du quartier Malakoff

(source : Nantes Métropole)

Figure 3 – Les zones identifiées dans le quartier par les habitants

Figure 3 – Les zones identifiées dans le quartier par les habitants

(source : Nantes Métropole)

References

Electronic reference

Aline Barlet, Françoise Chartier and Philippe Woloszyn, « Perceptions et représentations des habitants d’un quartier en réhabilitation : le quartier MALAKOFF à Nantes », Cahiers Nantais [Online], 2 | 2011, Online since 16 February 2021, connection on 05 December 2021. URL : http://cahiers-nantais.fr/index.php?id=888

Authors

Aline Barlet

Psychologue environnementaliste, S.C. Psy ECCA

Françoise Chartier

Psychologue environnementaliste, S.C. Psy ECCA

Philippe Woloszyn

Architecte-Acousticien, CNRS-Université Rennes II, UMR 6590 CNRS ESO – RESO

Copyright

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