Les petites villes de la Vendée choletaise : trajectoires démographiques et économiques des années 1960 à nos jours

Abstract

Cet article est le prolongement d’un mémoire de Master 1 recherche en géographie (David, 2014). Il a pour objectif de donner à voir la dynamique économique et démographique des petites villes de la Vendée choletaise de 1968 à nos jours. Ce territoire dont la cohérence sociologique et économique est connue, est rarement cartographié du fait de son étalement sur quatre départements et deux régions. La résistance de l’industrie y est remarquable, comme la dynamique démographique. Toutefois si l’épicentre productif reste la nébuleuse choletaise, la croissance démographique est tirée vers l’ouest et le nord de la Vendée et le sud de la Loire-Atlantique sous l’effet résidentiel de la littoralisation et de la métropolisation. Les marges est dans les Deux-Sèvres et sud en Vendée décrochent.

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Mots-clés

petites villes, Vendée, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Cholet, Deux-Sèvres, système productif localisé, industrie

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Introduction

Dans une société qui considère que le développement ne peut naître que des niveaux urbains les plus élevés, le système productif localisé de la Vendée constitue une originalité par son dynamisme économique, porté par des petites et moyennes entreprises d’origine locale, dispersées dans un dense semis de petites villes et de gros bourgs (Chauvet, 1987 ; Renard, 2004 ; Bonnet, 2008).

Le but de cet article, n’est pas de traiter de la dynamique productive en tant que telle, mais de donner à voir graphiquement et cartographique-ment la dynamique des petites villes de ce territoire à la cohérence sociologique et économique reconnue, mais qui est rarement étudié du fait de son éclatement sur quatre départements : le sud de la Loire-Atlantique, les Mauges en Maine-et-Loire, le bocage en Vendée et le nord des Deux-Sèvres.

Nous utilisons le terme de « Vendée Choletaise » créé par A. Chauvet (1987), pour définir de façon large ce territoire. L’épicentre de ce « foyer d’expansion économique en milieu rural » est nommé la « nébuleuse choletaise » (fig. 1).

Figure 1 – localisation de la zone d’étude

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L’industrie de la Vendée choletaise s’est développée après la Seconde Guerre mondiale dans le contexte fordiste des Trente Glorieuses. Depuis, la désindustrialisation de l’économie française en lien avec la division internationale du travail dans les années 1980, la tertiarisation et la métropolisation des années 1990 ont considérablement changé la donne. Quel impact ce contexte économique a-t-il sur la dynamique de ce territoire et en particulier les petites villes ? Après avoir identifié cet échelon urbain dans une première partie, la partie 2 sera consacrée à l’observation des dynamiques économiques et démographiques en contexte fordiste et la partie 3 au contexte postfordiste qui éclôt à partir des années 1980.

1. Méthodologie

L’observation de la dynamique démographique des petites villes de la Vendée choletaise, visible sur la figure 2, a été construite à partir des recensements généraux de la population de 1962, 1968, 1975, 1982, 1990 et 1999, ainsi que des recensements rénovés de 2007 et 2011. La dynamique de l’emploi au lieu de travail, visible sur la figure 3, n’a pu être traitée qu’à partir de 1968. Avant d’entamer cette analyse, deux questions ont dû être résolues : quelles sont les petites villes ? Sont-elles comparables dans l’espace et dans le temps ?

Figure 2 – évolution de la population des petites villes 1962-2011

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Figure 3 – évolution de l’emploi dans les petites villes 1968-2011

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Dans un premier temps nous avons identifié les petites villes selon la méthode développée par V. Jousseaume (Margetic et al., 2014, p.73), définissant chaque niveau de la hiérarchie urbaine sur des critères fonctionnels. En effet, cette définition se fonde sur la présence d’indicateurs parmi les commerces de détail, les services de santé et les équipements scolaires, au sein des communes et/ou des unités urbaines. Cette méthode définit la petite ville comme une commune ou une unité urbaine possédant au moins un hypermarché, un lycée général et/ou technologique et un établissement hospitalier. Ainsi, quinze petites villes ont-elles été identifiées : Ancenis, Beaupréau, Bressuire, Challans, Chemillé, Clisson, Les Herbiers, Montaigu, au cœur de la nébuleuse ; Machecoul, Fontenay-le-Comte, Luçon, Les Sables-d’Olonne, Pornic, Parthenay et Thouars en périphérie de la Vendée choletaise (fig. 1). Ces petites villes comptent pour la plupart entre 10 000 et 20 000 habitants. Au-dessous, les communes de Machecoul et Beaupréau comptent respectivement 5 900 et 6 800 habitants. Au-dessus, les unités urbaines de Challans et des Sables d’Olonne présentent une population supérieure à 20 000 habitants.

Parmi les quinze petites villes étudiées, la commune de Bressuire (18 700 habitants) est une sorte de « commune nouvelle » avant l’heure, créée en 1972 par la fusion de Bressuire avec les huit communes rurales qui l’entourent. La superficie de la commune atteint 180 km2, ce qui est très vaste, comparé aux communes d’Ancenis, Clisson, Montaigu, Parthenay ou Thouars découpées étroitement autour de leur centre historique, avec des superficies comprises entre 3 et 20 km2. Cette disproportion n’est pas comblée par la définition morphologique de l’unité urbaine INSEE, puisque celle-ci ne peut être infra-communale. L’unité urbaine bressuiraise inclue donc les bourgs secondaires, bien qu’ils ne soient pas agglomérés à Bressuire. Ainsi, observe-t-on une disproportion de un pour six concernant la surface de la plus petite unité urbaine (Ancenis, 27 km2) et celle de Bressuire (180 km2). Cette particularité biaise la comparaison concernant la population avec les autres petites villes, puisque dans le cas de Bressuire, la délimitation en unité urbaine INSEE intègre les dynamiques de l’agglomération centrale, mais aussi les dynamiques de son périurbain non-aggloméré ce qui n’est pas le cas des autres unités urbaines des petites villes.

Afin de rendre comparable dans le temps les unités urbaines INSEE dont la composition est mouvante à chaque recensement, le découpage 2010 en unité urbaine détaillé en figure 4, a été appliqué à l’ensemble de la période d’observation. Nous obtenons donc des objets géographiques stables et comparables dans le temps.

Figure 4 – composition des unités urbaines 2010

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2. Les petites villes de la Vendée choletaise en contexte fordiste

La période durant laquelle est à l’œuvre le contexte fordiste, fondé sur une production de masse pour une consommation de masse, est marquée par un fort dynamisme économique et démographique des bourgs et petites villes de la Vendée choletaise.

Jusqu’aux années 1960, les petites villes de la nébuleuse choletaise sont incontestablement les lieux de la croissance économique et démographique par opposition à la situation des campagnes marquées par l’effondrement rapide de l’emploi agricole sous l’effet de la mécanisation et l’exode rural (Jousseaume et al., 2010, fig. 8a). Le milieu des années 1970 marque l’apogée de la période fordiste. Le système industriel localisé s’étend spatialement à l’ensemble de la Vendée choletaise, mais aussi hiérarchiquement. La dynamique d’emploi se diffuse (Jousseaume et Kali, 2011). La valorisation de la réussite au pays par la création d’entreprises et d’emplois sur place a permis l’industrialisation jusqu’à l’échelon des bourgs : on peut citer Fleury-Michon à Pouzauges, Eram à Saint-Pierre-Montlimart ou Heuliez à Cerizay, etc. L’essor industriel est tel que de nombreux ateliers secondaires ont essaimé pour capter la main-d’œuvre (Bonnet, 2008).

Comme le montre la figure 5, les petites villes affichent une croissance de l’emploi remarquable, particulièrement entre 1968 et 1975 avec 2,1 % par an en moyenne. Les deux stations balnéaires Les Sables-d’Olonne et Pornic sont les communes les moins dynamiques. La croissance dépasse 3 % à Montaigu (laiterie, agro-alimentaire Sodebo), Ancenis (engins Manitou, coopérative Terrena), Luçon et Machecoul (vélos Gitane). À la croissance globale de l’emploi s’ajoute le renforcement des actifs dans le secteur industriel. La figure 6 montre une évolution de 8 % par an de l’emploi industriel entre 1968 et 1975 : les actifs de l’industrie passent de 8 200 à 14 500 sur l’ensemble des quinze villes étudiées ! L’industrie représente entre 15 et 35 % de l’emploi de onze petites villes sur quinze en 1975. De 1975 à 1990, le taux d’évolution annuel de l’emploi industriel ralentit à 2,4 % par an en moyenne. Certaines villes connaissent des phases de déclin industriel, comme Parthenay, Bressuire, Chemillé, Pornic entre 1975 et 1982 ou Ancenis et Thouars entre 1982 et 1990. Les Herbiers, Machecoul, Challans, Fontenay-le-Comte et Beaupréau conservent une croissance industrielle supérieure à 3 % par an entre 1968 et 1990. L’emploi total progresse de 1,6 % par an en moyenne entre 1975 et 1982, puis de 1,2 % par an de 1982 à 1999.

Figure 5 – évolution de l’emploi des petites villes par période

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Figure 6 – évolution des actifs de l’industrie dans les petites villes 1968-2011

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Alors même que s’effondre la rente foncière et que s’organisent les filières agricoles et agro-alimentaires, ôtant aux petites villes leurs fonctions traditionnelles de collecte de la plus-value agricole, l’essor spectaculaire de l’industrie locale régénère le rôle fonctionnel de ces centres en concentrant usines et emplois, ainsi que la fonction commerciale par l’implantation de la grande distribution, qui confortent leur rayonnement sur les campagnes voisines. L’émergence de ce véritable « système productif localisé » ou « district industriel » spécialisé dans les industries de main-d’œuvre de la confection, de la chaussure, du bois et de l’agro-alimentaire a été abondamment étudiée. Nous vous recommandons la lecture des numéros thématiques des Cahiers Nantais intitulés « Industries rurales et industrialisation de la Vendée » paru en 1983 et « Le changement social et culturel dans le canton de Saint-Fulgent » paru en 1982 (IGARUN, 1982, 1983). Les explications s’appuient sur des éléments macro-économiques : le contexte fordiste, la généralisation du transport routier après la Seconde Guerre mondiale qui libère la localisation industrielle, le processus de modernisation de la société. Elles sont également sociales voire anthropologiques avec des éléments locaux tels que la présence de savoir-faire anciens autour de la Sèvre nantaise dans le travail du tissu (les mouchoirs de Cholet) et des savates (feutre pour mettre dans les sabots) ; l’effondrement des cadres de pouvoirs traditionnels dans les années 1960 (propriétaires fonciers et clergé) ; le désir d’émancipation des jeunes nés dans une société en retard sur le reste de la France par bien des aspects et le rôle émancipateur de la Jeunesse Agricole Chrétienne (JAC) ; une unité communautaire profonde forgée notamment au cœur de la Révolution avec l’organisation d’une armée contre-révolutionnaire et les souffrances de la très violente répression du printemps 1794 ; un refus de la ville associé à un désir d’autonomie locale symbolisé par la recherche d’une 3ème voie du développement entre capitalisme républicain et communisme athée. Alain Chauvet (1987) pose même la question, en s’appuyant sur les travaux de Max Weber sur « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme » publié en 1901, de l’effet de la présence d’une communauté protestante en Vendée, sur la construction de l’esprit d’initiative vendéen.

Du point de vue démographique, entre 1962 et 1968, avant que n’apparaissent le mouvement périurbain en lien avec l’automobile, les petites villes de Vendée choletaise sont des lieux de croissance démographique soutenue (+1,6 % par an en moyenne), au même titre que les villes moyennes et les grandes villes de la région, comme on peut l’observer sur la figure 9a. Ainsi, Parthenay, Ancenis, Challans, Montaigu ont une croissance supérieure à +2 % par an. Cet essor est nourri par l’apport de population jeune venue des campagnes pour travailler dans les industries. Sur la période 1968-1982, visible sur la figure 9b, les petites villes de l’étude s’entourent d’une auréole de périurbanisation. Si les communes aux vastes surfaces, comme Bressuire, Challans ou Les Herbiers, affichent toujours une croissance démographique communale, les petites villes aux surfaces les plus restreintes connaissent un arrêt de leur croissance communale après le recensement de 1982, remplacé par leur débordement sur les communes de leur unité urbaine (fig. 7) ou au-delà. Les espaces ruraux périurbains deviennent ainsi les territoires de la croissance résidentielle. Les figures 9a et 9b montrent que si l’exode rural entraîne le déclin démographique des campagnes du Poitou, du nord de la Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire ainsi que du sud de la Vendée, il ne saigne pas le cœur de la nébuleuse choletaise qui demeure un réservoir démographique en croissance (Bermond et Jousseaume, 2013).

Figure 7 – évolution de la population des petites villes par période

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3. La résistance des petites villes en contexte post-fordiste

Les années 1980 marquent la transition d’une économie fordiste vers une économie de services concentrée dans les villes, alors même que la population se diffuse dans des auréoles résidentielles de plus en plus éloignées de centres urbains. Cela s’exprime spatialement par l’émergence du modèle métropolitain. En effet, c’est dans les grands centres urbains que la substitution de l’économie de services à l’industrie s’opère le plus précocement et de façon complète. Ainsi l’agglomération nantaise connaît une forte croissance économique à partir de la fin des années 1980, associée à l’essor d’une périurbanisation de grande ampleur. C’est le cas également d’Angers. Les villes moyennes que sont Saint-Nazaire, La Roche-sur-Yon et Cholet, leur emboîtent le pas plus tardivement (Madoré, 2002).

Figure 8 – évolution de l’emploi entre 1968 et 2011

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Dans les espaces vendéens, la division internationale du travail, qui s’esquisse par le transfert des tâches de production vers les pays à faible coût de main-d’œuvre, entraîne un ralentissement de la dynamique économique et une mutation de l’industrie locale. L’industrie de la chaussure et de la confection représentait 56 % des effectifs industriels des Mauges en 1966 et 52 % des emplois industriels du Nord Vendée en 1972 (Bonnet, 2008). L’industrie de la chaussure représentait à son apogée 40 % de la production nationale de chaussures avec 430 établissements, selon le musée de la chaussure. La crise est violente, le nombre d’établissements s’effondre à 89 en 1995 et 27 en 2014. Certaines grandes entreprises disparaissent complètement comme GEP ou La Fourmi. Certaines sont rachetées (Musset, GBB). Quelques sièges sociaux de grands groupes sont restés au prix d’une délocalisation complète de la production (Eram, Bopy). La confection suit la même trajectoire, les sociétés résistent en se spécialisant sur des niches économiques telles que la conception de la mode enfantine (Catimini, IKKS, CWF), soutenue par la création collective d’un « pôle enfant ». Les Mauges, dans le sud-ouest du Maine-et-Loire, où était dispersé l’essentiel des usines de chaussures et de confection, connaît un ralentissement économique net et généralisé, visible sur les figures 8b et 8c. Beaupréau passe de 632 actifs dans l’industrie en 1990 à 316 en 2010, soit une diminution de moitié. Un recul démographique touche même les communes des Mauges hors de l’influence résidentielle de Cholet, comme le mettent en valeur les figures 9b et 9c, du fait d’un bilan migratoire négatif (Margetic et al., 2014, p. 20-21).

Figure 9 – évolution de la population entre 1962 et 2011

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Dans ce contexte économique difficile, on observe une bonne résistance des petites villes qui demeurent des lieux dynamiques de la production industrielle jusqu’au début des années 2000 dans dix petites villes sur quinze. L’industrie décline à Beaupréau, Luçon, Fontenay-le-Comte, Bressuire et Parthenay (fig. 6). Douze petites villes comptent toujours entre 15 et 35 % d’actifs dans l’industrie au recensement de 1999, comme au recensement de 1975. En revanche, la crise de 2008 affecte fortement l’industrie locale puisqu’en 2010, seules quatre petites villes, Ancenis, Chemillé, Luçon et Thouars ont plus d’actifs dans l’industrie qu’en 1999. Onze petites villes sur quinze enregistrent un déclin industriel. En termes d’emplois totaux, entre 1982 et 1990 et de 1990 à la crise de 2008, la croissance de l’emploi oscille entre 1,2 % et 2 % par an dans le centre de la Vendée choletaise avec Les Herbiers, Ancenis, Montaigu, Clisson, Challans, Machecoul (fig. 5). C’est là aussi que s’observe la meilleure résistance à la crise, puisqu’à part Montaigu qui marque un recul, les autres petites villes poursuivent une croissance comprise entre 0,7 et 1,7 % par an entre le recensement de 2007 et celui de 2011. Sur les marges des territoires vendéens, Chemillé, Bressuire, Thouars, Parthenay Luçon et Fontenay-le-Comte, enregistrent un fort ralentissement voire un recul de leur emploi total au cours des années 1980 et au cours de la crise récente.

La mutation de l’industrie locale dans les années 1980 n’a pas été sans conséquences démographiques sur le territoire, comme le souligne la figure 9c. Toutefois, le phénomène de dissociation entre lieu de travail et lieu de résidence, rendu possible par la motorisation des ménages, est une nouvelle réalité de notre société qui bouscule le lien ancien entre croissance économique et développement de la population ou des revenus (Davezie, 2008). Alors que la dynamique de l’emploi se rétracte dans une logique hiérarchique (les plus importants centres urbains connaissant la croissance la plus forte) visible sur la figure 8d, un étalement résidentiel de grande ampleur s’accélère à la fin des années 1990 dans les espaces ruraux, depuis la métropole nantaise jusqu’aux petites villes qui organisent autour d’elles des auréoles résidentielles aujourd’hui coalescentes ou emboîtées (fig. 9c et 9d). Dans la Vendée choletaise, le bilan naturel positif liée à une fécondité localement soutenue, est associé à un bilan migratoire positif lié tant à la dynamique économique locale, qu’à la proximité de pôles urbains importants (Nantes, Angers, La Roche-sur-Yon, Cholet). Ajoutons à cela l’effet résidentiel du littoral, les stations balnéaires Pornic et Les Sables-d’Olonne sortent de leur atonie, dopées par une économie résidentielle en plein essor dans les années 1990, mais ralentie depuis 2008. Tout cela assure une croissance démographique remarquable à la majorité des communes de la Vendée choletaise tirée vers l’ouest par le littoral et la dynamique productive du bocage vendéen et vers le nord par la métropole nantaise. Ainsi, on observe une translation de la dynamique démographique de la région de Cholet et le centre de la nébuleuse choletaise dans les années 60 (fig. 9a et 9b) vers le nord du département de la Vendée et le sud de la Loire-Atlantique aujourd’hui (fig. 9c et 9d). À l’écart, l’est et le sud, les Deux-Sèvres, les Mauges et la plaine de Luçon, connaissent un bilan migratoire plus fragile, et une dynamique démographique plus modeste (fig. 7).

4. Vers une typologie de la dynamique des petites villes

La figure 10 présente une visualisation des trajectoires économiques et démographiques des petites villes depuis les années 1960 jusqu’à nos jours. Cette figure permet de dégager 4 types.

Figure 10 – trajectoire économique et démographique des petites villes

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4.1. Les petites villes en croissance forte et constante

Le type 1 est composé d’Ancenis, Les Herbiers, Challans (croissance démographique et d’emploi supérieure à 2 % par an) et de Clisson (plus de 1,5 % par an). Ces petites villes qui conservent une croissance d’emploi exceptionnellement importante et constante depuis 50 ans (fig. 5 et 10). Ancenis, Les Herbiers et Challans connaissent un tassement de leur croissance démographique jusqu’au recensement de 1990, un regain est observable depuis. Ancenis apparaît comme une petite ville très ancienne serrée autour de son château qui a juste doublé sa population depuis la Seconde Guerre mondiale. L’unité urbaine (Ancenis et Saint-Géréon) atteint 10 000 habitants actuellement. La croissance s’est faite sur les communes voisines en raison de l’étroitesse du territoire ancenien. Ancenis est remarquable par le nombre d’emplois qu’elle génère : plus de 11 000. Ses entreprises emblématiques sont Manitou (engins élévateurs) et Terrena (coopérative agricole aux multiples activités agro-alimentaires). Les Herbiers et Challans apparaissent comme de gros bourgs passés brutalement au stade urbain avec l’industrie. Ainsi Challans triple sa population entre 1946 et 1995 de 5 000 à 15 000 habitants et dépasse aujourd’hui 19 000 habitants. Elle double ses emplois depuis 1968. Les Herbiers triple sa population entre 1946 et 1982, passant de 4 000 à 12 000, et dépasse 15 500 habitants actuellement. La commune triple le volume d’emplois entre 1968 et aujourd’hui. Les Herbiers et Challans génèrent chacune plus de 12 500 emplois, avec Bénéteau et Jeanneau (construction nautique), des industries du bois à Challans, de l’agro-alimentaire, la construction métallique et la mode pour enfants aux Herbiers. Clisson connaît une dynamique de l’emploi un peu en-deçà des trois villes précédentes et elle se distingue par une amplification régulière de sa dynamique démographique (fig. 7 et 10). Il faut dire que Clisson est, comme Ancenis, à une trentaine de kilomètres de Nantes à vol d’oiseau et est reliée de façon cadencée à la métropole par un train régional. De plus, Clisson offre une morphologie urbaine héritée du Moyen-Âge conjuguée à un style architectural toscan développé au 19ème siècle, sur les bords escarpés de la Sèvre Nantaise, tout à fait remarquable. Totalement en résonance avec « le champ de l’imaginaire du tourisme » cher à notre société depuis les années 90 selon le sociologue Jean Viard (2002), Clisson est aujourd’hui un lieu de résidence prisé. L’unité urbaine a connu un doublement de la population depuis 1946 et un doublement du volume des emplois depuis 1968 (17 500 habitants et 7 800 emplois actuellement).

4.2. Les petites villes en résilience économique

En dehors du groupe 1, les petites villes industrielles de la Vendée choletaise ont connu un ralentissement de leur croissance économique dans les années 1980 avec l’essor d’une concurrence internationale sur la main-d’œuvre. Le type 2 de la figure 10 groupe les petites villes le plus fortement marquées par cette phase, suivie il est important de le souligner, d’une résilience puisque toutes connaissent une reprise économique dans les années 1990 et 2000. Ce groupe se compose de Montaigu (13 400 hab., 9 000 emplois actuellement), Bressuire (18 700 hab., 9 500 emplois), Luçon (9 500 hab., 5 800 emplois), Chemillé (15 600 hab., 4 700 emplois) et Thouars (14 800 hab., 9 000 emplois). Montaigu possède toutefois un rythme de croissance économique (agro-alimentaire, construction) très supérieur aux autres, qui rapproche cette petite ville de celles du type 1 vues précédemment. En effet, Montaigu a connu un quasi doublement de son volume d’emplois entre 1968 et 1982, et possédait en 2007 un taux de croissance de l’emploi voisin du type 1. Dans le groupe 2, Thouars et Chemillé sont les seules à connaître une réelle phase de déclin de leur emploi entre 1982 et 1990 : entre -100 et -150 emplois totaux pour chacun. À Thouars, il ne s’agit pas que d’un déclin industriel. Ville de chemin de fer, elle perd pour partie des emplois cheminots. Ces cinq petites villes du groupe 2 connaissent entre 1990 et 2007 un net regain économique. Bressuire est la ville où la reprise économique est la plus modeste, Chemillé la ville où le regain est le plus fort grâce à l’ouverture de l’A87 entre Angers et Les Sables-d’Olonne qui la raccroche à la dynamique régionale. Entre 2007 et 2011, à l’exception de Chemillé, les petites villes du type 2 connaissent un très fort ralentissement. Ce dernier s’est cumulé à partir des années 1980 avec un ralentissement du rythme de la croissance démographique de ces petites villes, lié au marasme économique d’une part et au mouvement de périurbanisation d’autre part. Thouars est la ville la plus touchée par ce phénomène qui va même jusqu’à un déclin démographique depuis 1982 (-200 habitants en 20 ans) que rien ne semble contrer.

4.3. Les petites villes en résilience résidentielle

Les petites villes du type 3 de la figure 10 comprennent Machecoul (6 000 hab., 4 100 emplois), Beaupréau (6 800 hab., 3 300 emplois), Fontenay-le-Comte (17 500 hab., 11 000 emplois) et avec un dynamisme moindre Parthenay (18 300 hab., 9 100 emplois). Ces petites villes connaissent une trajectoire assez voisine du groupe 2, mais elles se distinguent par une moindre résilience sur les années récentes. En effet, elles sont marquées par un ralentissement moins brutal de leur dynamique d’emploi entre 1982 et 1990 et aucune ne connaît de déclin de l’emploi global. Mais cette phase est suivie dans les années 1990-2011 par une stagnation de leur rythme économique voire un déclin comme à Fontenay-le-Comte qui perd beaucoup d’emplois industriels dans les années 2000. Machecoul résiste mieux à la crise de 2008. Ces petites villes sont également marquées par une ralentissement démographique voire une phase de recul de la population pour Parthenay et Fontenay-le-Comte, au cours des décennies 80 et 90. Une reprise démographique n’est observée qu’à partir des années 2000. Ces petites villes souffrent d’une croissance d’emplois modeste en particulier à Parthenay et Fontenay-le-Comte et d’un relatif éloignement des processus résidentiels qui auréolent les villes régionales (Nantes, Angers, La Roche-sur-Yon, Cholet, Poitiers) et le littoral.

4.4. Les petites villes balnéaires

Le type 4 de la figure 10 regroupe les deux stations balnéaires, Les Sables-d’Olonne et Pornic, dont les trajectoires sont très distinctes, mais qui ont comme point commun de ne pas ressembler aux autres petites villes de l’étude. Les Sables-d’Olonne (41 500 hab., 16 000 emplois sur l’unité urbaine en 2010) forme une importante petite ville avec une croissance résidentielle et d’emploi extrêmement stable, peu sensible aux conjonctures. Pornic (18 200 hab., 6 700 emplois) en revanche semblait jusqu’aux années 1990 être une bourgade endormie, économiquement en déclin dans un contexte local d’explosion industrielle, vivant d’une dynamique résidentielle. Cette petite ville connaît un boom tout aussi brutal que spectaculaire de l’emploi entre 1990 et 2007, entrant elle aussi, dans le champ de l’imaginaire du tourisme et de l’auréole urbaine de Nantes située à moins de 50 km.

Conclusion

Cet article permet de visualiser et de comparer les dynamiques économiques et démographiques, sur 50 ans, des petites villes de la Vendée choletaise, un territoire économiquement et sociologiquement homogène, peu cartographié car administrativement démembré. Ce territoire offre une densité et une dynamique des petites villes tout à fait exceptionnelles.

Plusieurs résultats peuvent être mis en valeur à partir de l’article. Les petites villes ont, au cours des années 1960 et très probablement avant, été des lieux de la croissance économique et démographique importants dans un contexte d’effondrement brutal et de grande ampleur de l’emploi agricole, qui rappelons le occupait plus de la moitié de la population active du département de la Vendée en 1954 (Renard, 2004). Les petites villes ont significativement permis de fixer la population rurale dans cette région, qui garde des densités importantes.

Le cœur de la nébuleuse choletaise défini par Alain Chauvet reste le centre de gravité productif du territoire de la Vendée choletaise. Le centre de gravité de la dynamique démographique du territoire est en revanche tiré vers l’ouest (littoral vendéen) et le nord (agglomération nantaise), dans une perspective territoriale plus résidentielle.

Les petites villes importantes très résistantes au contexte sont Ancenis, Les Herbiers et Clisson, auxquelles s’ajoutent des petites villes résiliantes à fort dynamisme que sont Montaigu et Chemillé. Parmi les petites villes très dynamiques et résistantes, seule Challans est hors de la nébuleuse d’Alain Chauvet. À l’inverse, Beaupréau, véritable capitale des Mauges et de la chaussure dans les années 1950 à 1960, est la petite ville qui a la moindre résilience au cœur du territoire étudié. Il faut dire qu’elle compte parmi les villes les plus petites et voisine le statut de gros bourg. Machecoul est dans la même situation. L’effet de taille n’est pas sans impact sur la capacité des villes à se reconvertir économiquement. Dans le Sud Vendée et le Nord Deux-Sèvres plus éloignés des deux logiques, productive et résidentielle, se trouvent les petites villes les plus fragiles, sans être en extrême difficulté, de ce territoire de croissance.

Bibliography

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Illustrations

Figure 1 – localisation de la zone d’étude

Figure 1 – localisation de la zone d’étude

Figure 2 – évolution de la population des petites villes 1962-2011

Figure 2 – évolution de la population des petites villes 1962-2011

Figure 3 – évolution de l’emploi dans les petites villes 1968-2011

Figure 3 – évolution de l’emploi dans les petites villes 1968-2011

Figure 4 – composition des unités urbaines 2010

Figure 4 – composition des unités urbaines 2010

Figure 5 – évolution de l’emploi des petites villes par période

Figure 5 – évolution de l’emploi des petites villes par période

Figure 6 – évolution des actifs de l’industrie dans les petites villes 1968-2011

Figure 6 – évolution des actifs de l’industrie dans les petites villes 1968-2011

Figure 7 – évolution de la population des petites villes par période

Figure 7 – évolution de la population des petites villes par période

Figure 8 – évolution de l’emploi entre 1968 et 2011

Figure 8 – évolution de l’emploi entre 1968 et 2011

Figure 9 – évolution de la population entre 1962 et 2011

Figure 9 – évolution de la population entre 1962 et 2011

Figure 10 – trajectoire économique et démographique des petites villes

Figure 10 – trajectoire économique et démographique des petites villes

References

Electronic reference

Mathieu David and Valérie Jousseaume, « Les petites villes de la Vendée choletaise : trajectoires démographiques et économiques des années 1960 à nos jours », Cahiers Nantais [Online], 1 | 2015, Online since 05 March 2021, connection on 05 December 2021. URL : http://cahiers-nantais.fr/index.php?id=1330

Authors

Mathieu David

Étudiant, master 2 SAGT (2014-2015), IGARUN, Université de Nantes

Valérie Jousseaume

Géographe, Université de Nantes, ESO UMR 6590

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